
Quand j’ai lancé Hellblade II sur ma Xbox Series X, je venais tout juste de boucler Death Stranding 2, titre qui m’a laissé K.O. émotionnellement et esthétiquement. Je ne savais pas trop sur quel pied danser : allais-je me retrouver face à une coquille vide ? À un trompe-l’œil digne d’un trailer trompeur ? Ou à un bijou où chaque pixel sert l’expérience ? À force de comparaisons en ligne, on me promettait la “baffe générationnelle”. Armé de mon écran calibré, mode performance désactivé (soyons honnêtes), casque vissé sur la tête et vingt bonnes heures de jeu programmées, j’étais prêt à juger si Hellblade II rivalisait vraiment avec les plus belles cloches du royaume vidéo-ludique.
À peine la séquence d’introduction lancée, j’ai lâché la manette. La caméra s’attarde sur le visage de Senua, chaque cicatrice, chaque veine et chaque reflet de larmes sont modélisés avec un souci du détail qui dépasse largement une simple démonstration technologique. L’Unreal Engine 5 et la techno MetaHuman tiennent leurs promesses, enfonçant un coin entre cinématique et gameplay là où on ne pensait plus possible d’en voir. Chercher la moindre faille ? J’ai tenté d’observer d’éventuels artefacts dans l’animation, de pointer du doigt l’“uncanny valley”… en vain. On tient là une masterclass en rendu temps réel.
Mais ce qui m’a le plus subjugué, c’est la gestion de la lumière. Entre les fjords glacés et les ruines embrumées, chaque rayon solaire perce la brume comme dans un tableau romantique, et les reflets sur la pierre mouillée deviennent des tableaux en mouvement. J’ai passé plus de temps en mode photo à jouer avec les réglages d’ombre qu’à essayer de capturer les moments forts. Oui, le format cinémascope et ses bandes noires donnent parfois l’impression de regarder un long-métrage : c’est assumé, et c’est tout l’intérêt de cette direction artistique.
Hellblade II ne cherche pas à exploser vos rétines avec des couleurs criardes, mais à vous plonger dans une atmosphère nordique poétique, parfois oppressante. Les palettes chromatiques jouent sur les tons froids et brumeux, ponctués ça et là par la chaleur d’un feu de torche ou le rouge sang des runes. Le contraste entre l’immensité des décors et la solitude de Senua installe une tension permanente, renforcée par une mise en scène qui n’hésite pas à ralentir le rythme pour savourer chaque plan.
Les environnements sont truffés de détails narratifs : une croix viking à demi enfouie, un pilier en ruine, un croisé à l’épée brisée. Tout est symbole, tout suscite la curiosité. J’ai souvent eu envie de faire un pas de côté pour explorer davantage, même s’il faut parfois patienter quelques secondes le temps du chargement invisible. Ces instants, loin de briser l’immersion, deviennent un souffle contemplatif, jalon silencieux entre deux séquences d’action ou deux énigmes.
J’enfile mon casque au bout de dix minutes, et là, le jeu me prend à la gorge. Les voix intérieures de Senua, ces murmures saccadés ou ces chuchotements qui surgissent sans prévenir, agissent comme un détonateur psychologique : je ne joue plus, je vis la folie. Le sound design est poussé au point de devenir un personnage à part entière. Chaque craquement de sol, chaque écho dans une caverne, chaque souffle glacé crée une atmosphère si dense que je me surprends à parler à voix basse, comme pour ne pas déranger cette présence invisible.
Contrairement au premier épisode, où l’immersion audio posait déjà une base solide, ici on atteint un degré de précision chirurgical. Le son en 3D vous colle littéralement des frissons. Lors d’une sortie de grotte, j’ai arrêté d’avancer, persuadé qu’un monstre était à ma droite. Non, c’était juste un oiseau s’envolant, mais j’ai ressenti une onde de panique. En termes d’introspection, peu de jeux proposent un tel voyage au fond de soi-même.

Sur le papier, Hellblade II se pare d’un système de combat plus étoffé que son prédécesseur. Dans la pratique, les affrontements sont davantage des séquences chorégraphiées où votre rôle est d’accompagner Senua plutôt que de la diriger. On reconnaît bien la patte Ninja Theory : cadrages dynamiques, QTE surprise, esquives contextuelles. Mais si vous cherchez un gameplay addictif à la Sekiro ou à la Devil May Cry, gare à la désillusion.
J’ai mis un bon quart d’heure à comprendre que ce n’était pas moi qui maîtrisais Senua, mais qu’il fallait entrer dans son rythme. Les combos s’enchaînent seuls, c’est le moment précis d’esquiver ou de parer qui compte. Frustrant au début, cela devient finalement un choix de design cohérent avec l’immersion visée : on vit la bataille plus qu’on ne la contrôle. Les affrontements laissent davantage de place à la dramaturgie qu’au fun gameplay pur, et je dois avouer que ça divise.
Entre deux combats, on traverse des séquences d’énigmes à la fois simples et poétiques. Le studio ne cherche pas à vous faire suer au point de lâcher la manette, mais à rythmer le récit en vous forçant à ralentir, à observer et à déchiffrer des symboles. Mon moment préféré ? Cette énigme où l’on doit aligner des statues en contre-jour pour projeter des ombres sur un mur : laborieux sans être prise de tête, et toujours au service de l’histoire.
Le rythme général est volontairement posé. Si vous espérez de la montée d’adrénaline permanente, passez votre chemin. Ici, l’expérience consiste à alterner contemplation et séquences plus tendues, à apprécier chaque respiration du virtuel. Après vingt heures de jeu, j’ai ressenti quelques baisses de tension, moments où je devais me rappeler pourquoi j’avançais : la réponse, c’est l’émotion et la poésie visuelle, plus que l’action en elle-même.
L’un des partis pris les plus audacieux concerne l’interface quasi-invisible. Pas de mini-carte, pas de barre de vie traditionnelle, ni même d’indicateur d’objectif trop présent. Le jeu propose un carnet manuscrit et quelques repères sonores pour se guider. Le résultat ? Je me suis senti parfois perdu, à chercher 30 secondes la prochaine destination. Mais j’avoue que ce manque d’éléments intrusifs renforce encore l’immersion.

Toutefois, un peu de flexibilité n’aurait pas fait de mal : un toggle pour afficher les objectifs ou un marqueur discret aurait apaisé les plus impatients. Sur ce point, Hellblade II rappelle l’esprit Shenmue, mais sans le confort d’une carte ou d’un journal interactif fourni. Si vous aimez être informé en permanence, préparez-vous à un effort narratif supplémentaire.
Vous vous demandez si la Series X tient le choc face à un PC milieux de gamme ? Oui, sans rougir. J’ai testé sur un PC équipé d’une RTX 4070 et d’un CPU i7 : en mode qualité, la différence avec la Series X est imperceptible, à moins d’avoir l’œil d’un expert de Digital Foundry. Sur console, le mode performance à 60 fps stables m’a paru plus séduisant que le mode qualité bloqué à 30, où la résolution frôle le 4K natif.
Le HDR transforme l’expérience si vous disposez d’un bon écran, et le ray tracing sur les reflets est impeccablement géré. Les temps de chargement sont quasi-inexistants, ce qui entretient l’immersion. Seul reproche mineur : un microralentissement perceptible quand la caméra tourne très rapidement dans un niveau très chargé, mais cela ne m’a jamais arraché de moments de jeu.
Hellblade II reste excellent sur le plan de l’accessibilité : sous-titres paramétrables, options de contraste, assistance audio pour les malvoyants et réglages de difficulté pour ajuster la tension des combats. Je souligne tout particulièrement la possibilité d’activer une aide visuelle pour suivre les séquences QTE ou les points d’intérêt, sans pour autant briser l’immersion.
Mon conseil si vous voulez en prendre plein les sens : jouez absolument au casque, dans une pièce calme, lumière tamisée. Vous éviterez non seulement de réveiller le voisinage, mais vous bénéficierez aussi du travail minutieux sur le binaural et les ambiances 3D. Pour le reste, une manette standard suffit, même si j’ai trouvé la prise en main d’une Elite Series 2 plus confortable pour les phases d’esquive intenses.

Hellblade II est un OVNI AAA. Les amateurs de Souls-like pur sucre ou de mondes ouverts gargantuesques façon Breath of the Wild ou Death Stranding seront sans doute frustrés. En revanche, si vous recherchez une expérience narrative viscérale, un voyage intérieur où chaque élément sonore et visuel sert l’émotion, vous tenez une pépite.
Le titre brille pour les passionnés de cinéma interactif, pour ceux qui considèrent le jeu vidéo comme un nouvel art ou pour les curieux du design sonore immersif. Les joueurs plus classiques, en quête de fun immédiat et de challenges corsés, risquent de trouver le tout trop mou, voire trop austère. À chacun de voir s’il préfère l’adrénaline directe ou l’impact psychologique.
J’en ressors à la fois épuisé et ébloui. Hellblade II est loin d’être parfait — son gameplay aux allures de spectacle contrôlé pourra laisser sur le carreau — mais c’est un tour de force esthétique et sensoriel qui marque cette génération. Il offre une immersion audacieuse, capable de nous plonger dans la tourmente mentale de son héroïne, sans concession au jeu mainstream.
Note : 8,5/10. Hellblade II est un choc visuel et sonore qu’aucun amateur d’expériences narratives ne devrait manquer, à condition d’accepter de lâcher prise sur le contrôle ludique. Prêt pour l’épreuve émotionnelle ?
Hellblade II propose la plus belle claque graphique sur console, un sound design hypnotique et une immersion psychologique rare. Un gameplay chorégraphié plutôt que pur, pour un voyage sensoriel unique.
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