
Je passe beaucoup trop de temps sur Counter-Strike 2. Deathmatch, FFA sur Dust 2 à 3h du matin, serveurs d’aim, DM headshot sur Mirage, scrims avec les potes. Officiellement c’est pour le boulot, officieusement c’est parce que je suis incapable d’avoir une relation saine avec un bon FPS compétitif. Et dans tout ce temps passé à cliquer sur des pixels, je peux dire sans trembler que très peu de souris m’ont réellement fait progresser. Confort, oui. Fiabilité, oui. « Wow, je gagne des duels que je perdais avant », presque jamais.
La Logitech G Pro X2 Superstrike a été la première depuis longtemps à me donner cette impression. Pas parce qu’elle a un capteur plus « gamer », pas parce qu’elle sort du 8 kHz ou un DPI débile. Tout ça, on l’a déjà vu mille fois. Non, ce qui change, ce sont ces foutus clics analogiques HITS, avec actuation réglable et retour haptique. Pour une fois, un constructeur ne s’est pas contenté de repeindre la même souris en « eSport édition titanium RGB ultimate ». Logitech a littéralement changé la manière dont le clic de souris fonctionne.
Et le plus important dans tout ça, c’est que dans Counter-Strike 2, ça se sent. Pas dans un graphique marketing plein de flèches bleues et de chiffres abscons. Dans les duels. Dans les trades. Dans ces rounds où tu sors vivant avec 4 HP alors que d’habitude tu finissais par terre. C’est là que j’ai compris que l’analogique et l’haptique sur une souris, ce n’était pas un gadget de salon tech, mais un vrai saut pour le jeu compétitif sur PC.
Le Superstrike, en gros, vire les bons vieux micro-switchs mécaniques sous les clics gauche et droit. À la place, Logitech a mis ce qu’ils appellent le Haptic Inductive Trigger System (HITS). Au lieu d’un contact mécanique classique, tu as un système inductif qui mesure en continu la position du bouton, un peu comme un clavier à effet Hall mesure la position de la touche. Résultat : l’actuation devient un paramètre que tu peux régler dans le logiciel, et ce n’est plus un bout de métal qui décide pour toi.
Les chiffres sont parlants. Tu peux régler le point d’activation sur plusieurs niveaux (jusqu’à dix paliers), choisir la distance de reset avec un vrai mode rapid trigger (plusieurs niveaux aussi), et même régler l’intensité de la vibration haptique qui simule le clic, sur plusieurs degrés. Le tout sur un clic qui a environ 0,6 mm de course exploitable. Il n’y a plus ce point dur fixe imposé par le switch. C’est toi qui décides où commence l’action, et à quel moment le clic « revient ».
Comme il n’y a plus de « clac » mécanique, Logitech colle un petit moteur haptique sous chaque bouton pour recréer la sensation d’un clic au moment où tu passes ton seuil d’activation. C’est de la vibration ultra courte, pas un rumble de manette crado. Quand c’est bien réglé, ton cerveau l’oublie en deux games. Et sans cette mécanique qui claque, plus besoin de debounce agressif ou de tolérer les micro-retards dus au rebond du switch. Tu descends réellement la latence d’input.
Le reste de la souris, soyons honnêtes, c’est une Pro X Superlight 2 à peine retouchée. Même shape, même capteur HERO 2 jusqu’à 44 000 DPI, même poids plume autour de 61 g, même promesse d’environ 90 heures de batterie et 8 kHz possible en wireless. C’est volontairement conservateur. Logitech a recyclé une base ultra éprouvée et a mis tout son budget R&D dans les clics. Et ce choix se sent très vite en jeu, particulièrement sur un FPS comme CS2 où le clic gauche est littéralement ta survie.
Ce que fait HITS me rappelle fortement l’histoire des claviers à effet Hall et autres technologies analogiques. Au début, les premiers modèles semblaient surtout être des jouets pour nerds fortunés. Build approximatif, son dégueu, marketing fumeux, et cette promesse d’actuation réglable que pas grand monde ne comprenait vraiment. J’ai moi-même roulé des yeux la première fois que j’ai vu un clavier « 0,1 à 4 mm d’actuation » dans une pub.
Le truc, c’est que la techno a mûri. Aujourd’hui, tu trouves des claviers à effet Hall qui sont aussi bons, voire meilleurs, que des méca classiques en termes de son et de sensation. Tu règles ton point d’activation, tu joues en rapid trigger sur Valorant ou CS2, et tu réalises que oui, ça change vraiment la manière de straffer, de peeker, de contre-strafe. L’analogique a cessé d’être un délire de niche pour devenir une nouvelle norme crédible.
La souris Superstrike est, à mes yeux, le même basculement appliqué au clic. Beaucoup vont dire que l’importance de l’actuation réglable sur une souris est moindre que sur un clavier. Je comprends l’argument, mais après deux semaines intenses sur CS2 avec cette souris, cette position ne tient plus pour moi. Le clic reste le déclencheur central de la plupart des actions critiques : tirer, burst, tap, canceler un spray, lancer une util. Gagner ou perdre 10 à 20 ms sur ces actions, de manière répétable et contrôlée, pèse plus que la plupart des « innovations » marketing qu’on nous sert depuis dix ans.
En théorie, Logitech parle d’un gain allant jusqu’à 30 ms sur le temps de première balle par rapport à un switch mécanique classique, selon les réglages. Les premiers tests indépendants que j’ai pu consulter évoquent plutôt une fourchette entre environ 9 et 30 ms selon les conditions. Les chiffres bruts restent à affiner en labo sérieux avec caméras haute vitesse et tout le tintouin. Mais en pratique, c’est surtout la sensation qui m’a frappé.

Premier soir avec la Superstrike, je lance un deathmatch Mirage. Je règle l’actuation très tôt, reset court, intensité haptique moyenne. Au bout d’une vingtaine de duels window contre top mid, je me rends compte d’un truc : mes one-taps à la M4 et à l’AK sortent plus propres. J’appuie moins loin, je relâche à peine, le clic est déjà prêt pour le prochain tir. Sur les jiggle peeks autour de la box du connecteur, je peux doser mon tap plus finement, sans ce petit « mou » en début de course qui existe sur énormément de switches mécaniques.
Sur Dust 2, même constat long A. Ce genre de duel où deux joueurs pré-aim la même ligne à 0,1 seconde près. Avec la Superstrike réglée agressivement, j’ai la sensation que le coup part exactement au moment où mon cerveau le décide, pas 5 ou 10 ms après. Les joueurs très haut niveau ressentent déjà ce genre de micro-décalages avec les taux de rafraîchissement ou la latence réseau. Là, tu agis sur un autre maillon de la chaîne, le périphérique en lui-même.
Le mode rapid trigger sur les clics, surtout, est une vraie drogue. Dès que tu relâches un chouïa le bouton, le clic est considéré comme reset, prêt à repartir. Pas de zone morte entre l’activation et le retour. En pratique, ça veut dire que les bursts deviennent plus nets, que le semi-auto au Deagle ou au P250 se fait avec un rythme beaucoup plus naturel. Tu n’es plus en train d’attendre que le switch remonte physiquement, tu joues littéralement la courbe de ton doigt.
Et oui, ça vaut aussi en dehors de CS2. Sur des jeux comme Dota 2, League of Legends ou StarCraft II, où tu enchaînes des centaines de clics par minute, le combo actuation légère plus reset ultra rapide rend tout plus fluide. Moins de fatigue, moins de miss-clics parce que tu devais écraser le bouton jusqu’au fond. Mais c’est dans CS2, avec son obsession de la première balle, que le gain se fait le plus sentir pour moi.
Il suffit de regarder un gros tournoi récent comme le PGL à Cluj. Au moment où j’écris ces lignes, une bonne partie des joueurs encore en lice a déjà adopté la Superstrike. On parle d’un peu plus d’une dizaine de pros sur un top 50. Pour une souris qui vient à peine de sortir, c’est massif. Ces mecs ne changent pas de souris sur un coup de tête, encore moins en plein Major.
Un joueur expliquait récemment que « la technologie est simplement meilleure ». Ce n’est pas le discours habituel « Logitech m’a sponsorisé, j’adore ce produit ». C’est plus fondamental que ça. Tu prends le shape éprouvé de la Pro X, tu gardes le capteur, le poids, l’autonomie, et tu remplaces uniquement la manière dont le clic fonctionne. Si l’input est objectivement plus rapide et plus contrôlable, il devient difficile de justifier le retour en arrière sans invoquer l’habitude comme unique argument.
Évidemment, le débat sur l’équité arrive vite. Certains commencent déjà à hurler au périphérique « pay-to-win ». On entend les mêmes refrains qu’à l’époque des premiers écrans 144 Hz face au 60 Hz, ou des premières souris à capteur sérieux face aux anciennes boules mécaniques. Sauf qu’ici, on parle d’un changement qui touche directement le temps de réaction effectif entre ton cerveau et ton coup de feu. Ce n’est pas juste une question de confort ou de fluidité visuelle.

Mon avis est simple. Tant que la souris ne fait rien d’illégal côté logiciel (pas de macros, pas d’aide à la visée, pas de comportement non linéaire louche), c’est juste une amélioration matérielle comme une autre. Tu acceptes les 360 Hz, tu acceptes les claviers à effet Hall, tu acceptes les souris sans fil à 1 ms puis à 0,125 ms. Refuser le HITS uniquement parce qu’il offre un gain mesurable sur la première balle serait hypocrite.
En revanche, les organisateurs de tournois et Valve doivent arrêter leur silence radio. On a besoin de règles claires sur ce qui est autorisé en termes d’analogique, de haptique, de rapid trigger, et de ce qui ne l’est pas. Pas une décision grillée à la dernière minute en plein Major parce qu’un drama Reddit a pris feu. Et on a besoin de tests vraiment indépendants pour quantifier précisément ce que HITS apporte, sur la durée, par rapport aux meilleurs switches mécaniques actuels.
Autant être clair : la techno m’enthousiasme, mais la souris elle-même n’est pas irréprochable. Le shape est toujours celui de la Pro X Superlight 2, avec ses défauts bien connus. Par exemple, ce fichu clic molette qui a la mauvaise habitude de décrocher si tu le maintiens appuyé un peu longtemps sans appuyer comme un bûcheron. Problème déjà présent sur la Superlight 2, joyeusement recyclé sur la Superstrike.
Les patins d’origine ne sont pas incroyables non plus sur tapis en tissu. Du PTFE qui glisse de façon assez molle, ce qui ne colle pas vraiment avec le reste de la proposition « high performance ». À ce prix, le strict minimum serait de coller des patins corrects ou, au moins, une paire de rechange adaptée aux gros tapis mousepad que tout le monde utilise en LAN.
Et parlons du prix justement. Aux alentours de 180 dollars, on est dans la stratosphère. Tu payes plein pot pour être early adopter sur une techno que Logitech a manifestement voulu sortir vite, très vite. Leur ingénieur en chef le dit lui-même en substance : « on savait qu’on avait une pépite dans les mains, on voulait aller vite, alors on a pris tous les raccourcis possibles ». Traduction volontairement brutale : on a gardé la coque de la SL2, on a mis tout le budget sur la techno de clic, et on a poussé ça sur le marché avant que quelqu’un d’autre ait le temps de copier.
Ce n’est pas exactement la vision la plus romantique de l’innovation. On est loin de l’image du créateur qui peaufine son chef-d’œuvre pendant des années par amour du jeu. Mais soyons honnêtes deux secondes. Cette précipitation veut aussi dire que nous, joueurs, avons accès à cette techno maintenant, pas dans trois ans, et pas uniquement via un clone douteux d’une marque obscure. Et malgré mes reproches, je m’entête à l’utiliser tous les soirs sur CS2. Rien que ça montre à quel point HITS relève vraiment le niveau.
Je suis devenu profondément allergique au bullshit marketing du hardware PC. Les 8 kHz de polling qui grillent ton CPU pour un gain marginal, les écrans à 540 Hz vendus à des joueurs qui ont déjà du mal à tenir 200 FPS, les « châssis en magnésium pour garder la souris fraîche » alors que ton problème principal reste la hitbox du mec en face. On a eu tellement de micro-incréments maquillés en révolutions qu’on finit par lever les yeux au ciel devant chaque nouveau communiqué de presse.
La Superstrike, elle, change quelque chose de structurel. On ne parle pas d’un chiffre qui grimpe sur un spec sheet, mais d’un maillon en moins dans la chaîne d’input. Plus de contact mécanique qui rebondit, moins de debounce à gérer, un point d’activation qui correspond exactement à ta manière de cliquer, un reset ultra rapide. C’est du même ordre que le passage du capteur optique sérieux aux anciennes boules de souris, ou du clavier à membrane au vrai mécanique.
Quand je repasse sur une souris classique haut de gamme après quelques jours sur la Superstrike, ce qui me frappe, ce n’est pas la latence mesurée au milliseconde près. C’est ce sentiment de clic « lourd », qui part un poil trop tard et revient un poil trop lentement. Comme quand tu rejoues sur un écran 60 Hz après avoir goûté au 240. Tu peux continuer à jouer, bien sûr, mais ton cerveau a été recalibré et tu sens, physiquement, ce que tu as perdu.

Les vrais bons sauts technologiques en gaming se reconnaissent à ça. Ils ne sont pas forcément nécessaires pour s’amuser, mais une fois que tu y as goûté, revenir en arrière ressemble à un downgrade notable. Pour moi, HITS appartient à cette catégorie. Tout comme les claviers Hall effect, l’OLED pour les écrans ou la 3D V-Cache sur certains CPU. Pas indispensables à tout le monde, mais profondément transformatifs pour ceux qui poussent un peu leur matos.
Je ne me fais aucune illusion. Dans quelques mois, on va voir débarquer les clones. Des marques chinoises vont sortir des souris « inductives » ou « analogiques » à moitié prix, avec une implémentation plus ou moins réussie. Razer, Corsair, SteelSeries et compagnie n’ont pas le luxe d’ignorer ça non plus. Soit ils développent leurs propres approches, soit ils laissent Logitech s’installer seul sur un segment haut de gamme qui risque de devenir la nouvelle référence pour le FPS compétitif.
Du côté de Logitech, tout indique que la Superstrike n’est qu’un début. Cette génération ressemble à une preuve de concept commercialisée : on sait que la techno fonctionne, on la colle dans un châssis déjà existant, et on regarde la réaction du marché. J’attends déjà une V2 ou d’autres shapes avec HITS, avec les défauts de la SL2 corrigés, une molette digne de ce nom et des patins qui glissent vraiment bien sur les tapis tissu pro.
Pour moi en tant que joueur, une ligne rouge est franchie. À partir de maintenant, mettre presque 200 balles dans une souris à micro-switchs mécaniques classiques me paraît complètement absurde. À 50 ou 70 euros, d’accord, on reste dans un rapport qualité prix cohérent, on profite d’années d’itérations sur des formes éprouvées. Mais dans le très haut de gamme, l’analogique et le haptique viennent de poser une nouvelle base. Le reste commence sérieusement à ressembler à du vieux monde, même quand c’est récent.
Je joue à Counter-Strike depuis l’époque des cybercafés, des écrans CRT massifs et des souris à boule. J’ai vu passer les Intellimouse, les premiers capteurs optiques dignes de ce nom, les Razer Boomslang, les Zowie de la grande époque, les premières sans fil jouables, les capteurs modernes où le DPI est devenu purement cosmétique. Très peu de sauts m’ont autant marqué que ce passage au clic analogique haptique sur la Superstrike.
Je ne dis pas que tout le monde doit claquer 180 dollars pour gratter quelques millisecondes. Si tu joues à CS2 de temps en temps en démarrant Steam au pad, tu survivras très bien sans HITS. Mais si tu fais des DM tous les soirs, si tu passes du temps sur les maps d’aim, si tu connais ton sens à 0,01 près et que tu tweaks tes rates serveur, alors ignorer ce type d’innovation et continuer à hurler contre « la chance de l’adversaire » relève de la mauvaise foi pure et simple.
Pour moi, la Superstrike a fixé une nouvelle attente. Dans deux ou trois ans, je m’attends à ce que la majorité des souris haut de gamme orientées FPS / MOBA proposent une forme quelconque d’actuation réglable et de rapid trigger sur les clics principaux. Peut-être pas exactement HITS, peut-être pas avec de l’haptique, mais l’idée de base deviendra un standard, comme les capteurs optiques sérieux l’ont été à l’époque.
En attendant, cette souris m’a rappelé pourquoi je m’intéresse encore au hardware PC malgré toute la fumée marketing qu’on se prend en pleine figure. Parce que parfois, très rarement, une vraie bonne idée débarque, change la sensation de jeu, élève le plafond de skill et te donne la sensation d’être un peu plus connecté à ce qui se passe à l’écran. La Logitech G Pro X2 Superstrike, malgré ses défauts et son prix indécent, fait partie de ces idées. Et pour un joueur qui vit une bonne partie de sa vie dans Counter-Strike 2, ça compte énormément.
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