
Sur l’écran de ma Switch OLED, je suis coincé sur la colonne du milieu. Un dragon de données couvre littéralement les deux autres, prêt à balayer le terrain d’un laser qui efface tout sauf les regrets. Mon deck est presque vide, il me reste une main de cartes pas vraiment idéale, et je sais que si je rate ma fenêtre de bouclier, c’est retour à l’écran de game over. Je déclenche un combo à l’instinct : une carte d’épée à portée courte, un tir chargé aligné sur sa hitbox, puis un bouclier claqué à la frame près. La jauge de rang explose en S, le boss se dissout en pixels, et je décroche sa carte rare. À ce moment précis, Mega Man Star Force 3 m’a rappelé pourquoi cette série méritait beaucoup mieux que l’oubli dans lequel elle a végété sur DS.
C’est exactement ce que fait Mega Man Star Force: Legacy Collection sur Switch : elle ressort une trilogie qu’on avait un peu rangée dans la catégorie « successeur raté de Battle Network » et la replace dans de bien meilleures conditions. J’y ai joué principalement en portable, casque sur les oreilles, entre deux sessions dockées avec manette Pro, et j’ai fini par voir cette compile comme une sorte de plaid confortable pour fans de Mega Man RPG : parfois élimé, parfois piquant, mais étonnamment chaleureux.
Le pitch, si vous avez manqué l’ère DS : on laisse derrière soi l’Internet en forme de grille isométrique de Battle Network pour passer à un futur où tout passe par les ondes EM. On incarne Geo Stelar, collégien asocial qui porte encore le deuil de son père disparu dans un incident spatial. Un soir à contempler les étoiles, il tombe littéralement sur un alien, Omega-Xis, qui squatte son Transceiver et lui permet de fusionner pour devenir le nouveau Mega Man, capable de transiter entre monde réel et « Wave World » superposé à la réalité.
Ce qui m’a surpris, c’est à quel point le ton shōnen fonctionne encore en 2026. Geo commence vraiment en gamin paumé, qui refuse d’aller en cours et évite les autres. Au fil des trois jeux, il se construit un cercle d’amis (Bud, Luna, Sonia…), affronte des rivaux bien clichés mais attachants (coucou Solo), et finit par trouver un sens à tout ce bazar interstellaire. On est loin d’un scénario à la Xenoblade, mais l’arc global sur la trilogie tient la route, et je me suis surpri à avoir envie de voir où ça menait dans Star Force 3, alors que le premier m’avait laissé plutôt tiède à l’époque DS.
Chaque épisode reprend la même boucle : Geo explore la ville d’Echo Ridge en humain, enfile son Visualizer pour révéler les routes d’ondes, se transforme en Mega Man, puis plonge dans les versions numériques d’objets du quotidien – distributeurs, voitures, satellites, tout est hackable. La structure « problème dans le monde réel → intrusion dans son système → boss virus » sent fort les années 2000, mais ça garde un charme de série télé du samedi matin. Par contre, il faut accepter que ça parle beaucoup. Les boîtes de dialogues s’enchaînent, surtout dans le premier jeu, et même en accélérant les textes j’ai parfois soupiré devant certains tunnels de blabla.
Le cœur de Star Force, c’est ce fameux combat en semi-temps réel sur une grille. Si vous venez de Battle Network, vous avez la même base : un deck de cartes (ici des « battle cards ») représentant des attaques, des soins, des buffs, etc., tirées aléatoirement à chaque tour. Vous cochez celles que vous voulez utiliser, vous validez, et l’action se déroule en temps réel. Plus vous jouez vite et proprement, plus votre rang de fin de combat monte, avec meilleures récompenses à la clé.
La grosse différence vient du terrain. On passe de la fameuse grille 3×6 vue de côté à un terrain 3×5 vu par-dessus l’épaule de Mega Man. Et là, je dois avouer que mon ressenti reste mitigé, même sur Switch. On ne se déplace plus librement sur trois colonnes comme auparavant : on reste sur la rangée du fond, en se déplaçant seulement à gauche ou à droite pour esquiver. On a désormais un bouclier temporaire qu’on peut claquer à tout moment pour bloquer certaines attaques, ce qui ajoute une dimension de timing assez satisfaisante. Mais on perd cette sensation de « danse » sur la grille qui faisait tout le sel des meilleurs combats de Battle Network.
Lors de mes premières heures sur Star Force 1, j’ai surtout eu l’impression d’être bridé. La vue semi-3D est parfois un peu trompeuse pour lire la profondeur de certaines attaques, et ceux qui attaquent en diagonale m’ont valu quelques dégâts totalement évitables. Avec le temps, on s’y fait, et dans le 3, les patterns de boss utilisent beaucoup mieux ce cadre, mais je ne peux pas dire que la formule m’ait paru supérieure à l’originale. C’est un compromis intéressant, pas une révolution.
Là où ça brille beaucoup plus, c’est dans la construction de dossier de cartes. Chaque jeu vous bombarde de nouvelles cartes : attaques élémentaires, projectiles en ligne, attaques qui changent de trajectoire selon votre place sur la colonne, soins conditionnels, etc. Composer un folder vraiment adapté à une zone ou à un boss redonne cette sensation de deckbuilding « à la Pokémon si Pokémon était nerveux ». Dans Star Force 3, j’ai fini avec plusieurs dossiers spécialisés – un orienté foudre pour certains donjons, un purement axé sur les combos de counters pour farmer du rang S – et c’est là que j’ai retrouvé ce côté puzzle tactique que j’adore.
On retrouve aussi des mécaniques de contre : déclencher une attaque pile au moment où un ennemi lance la sienne annule son coup et vous donne souvent un bonus de dégâts ou de rang. Sur Switch, avec une latence inexistante en local, ces fenêtres de contre deviennent un petit jeu de réflexes presque arcade. J’ai passé un bon moment à apprendre les « tells » de certains virus juste pour les perfect en boucle et gratter les meilleures cartes.

Là où la Legacy Collection m’a vraiment surpris, c’est dans la façon dont elle assume sans complexe que ces jeux ont vieilli sur certains points. Plutôt que de faire semblant que tout va bien, Capcom a rajouté un panneau de réglages façon « cheats » directement dans la compile. Depuis un menu dédié, on peut réduire la fréquence des combats aléatoires, augmenter ou diminuer les dégâts infligés et reçus, booster la vie, etc. Ce n’est pas un simple mode facile : c’est un curseur de difficulté granulaire.
Concrètement, c’est ce qui m’a permis de ne pas abandonner Star Force 2. La narration y est déjà un cran en dessous, mais surtout, le taux de rencontres par défaut est juste agressif. J’avais l’impression de faire quatre pas dans un donjon et de me reprendre un combat générique, au point d’oublier pourquoi j’étais venu. Après une soirée à râler, j’ai ouvert le menu de la collection, baissé un peu les rencontres et relevé légèrement les dégâts ennemis pour garder le challenge. D’un coup, tout respirait mieux.
On retrouve aussi des ajouts plus classiques mais bienvenus : auto-save très discret mais qui m’a déjà sauvé en cas de mise en veille sauvage, filtres graphiques optionnels, et quelques sliders d’interface pour adapter l’affichage hérité de la DS. La solution choisie pour gérer les deux écrans est plutôt élégante : les informations de cartes et de combat restent lisibles, même en portable, et je n’ai jamais eu l’impression de lutter contre l’héritage du double écran.
Et puis il y a le gros bonbon de cette compile : le mode online. Les combats PvP existaient déjà sur DS, mais les avoir à portée de Joy-Con en 2026 change tout. On peut lancer des affrontements amicaux ou classés, utiliser ses propres dossiers ou des dossiers préconstruits pour ne pas désavantager les nouveaux joueurs. La première fois que j’ai affronté un autre humain sur Star Force 3, j’ai redécouvert le système : soudain, mon adversaire baitait mon bouclier, temporisait ses meilleures cartes, et plaçait des counters dégueulasses sur mes approches.
Ce n’est clairement pas aussi profond qu’un TCG moderne ou qu’un fighter compétitif, mais ça suffit pour faire ressortir la finesse cachée du système. En solo, on finit par « lire » l’IA assez vite ; face à un autre joueur, chaque placement, chaque choix de main, chaque timing de bouclier compte. Je ne sais pas si la scène restera active sur la durée, mais pendant la fenêtre de lancement, j’ai mis plus de temps que prévu à enchaîner les matches, juste pour voir jusqu’où je pouvais pousser mes dossiers.
Parlons franchement : toutes les aventures incluses ici ne se valent pas. La Legacy Collection regroupe les trois épisodes DS (et leurs différentes versions) dans un seul hub, et ça met bien en lumière leur progression… et leurs faux pas.

Star Force 1 porte le poids du « premier épisode obligé de prouver qu’il n’est pas Battle Network 7 ». On sent les tâtonnements : rythme parfois mou, zones un peu vides, combats qui ne poussent pas encore complètement les possibilités de la vue 3D. L’histoire reste mignonne, l’univers pose bien ses bases, mais je l’ai traversé avec plus de curiosité archéologique que de vraie passion. C’est celui que j’ai le moins envie de refaire, même si la version modernisée passe beaucoup mieux que sur ma vieille DS fatiguée.
Star Force 2 est étrange. Côté gameplay pur, on sent que l’équipe commence à mieux maîtriser son système : les ennemis deviennent plus agressifs, les patterns varient davantage, et certains boss demandent enfin d’exploiter intelligemment bouclier et mobilité latérale. Mais la narration fait du surplace, et surtout ce fameux taux de rencontres, même ajustable, reste le plus irritant des trois. C’est l’épisode que j’ai traversé en mode « optimisation » : dossier calibré, encounters réduits grâce aux options de la compile, et objectif principal tracé au cordeau.
Et puis arrive Star Force 3, et on comprend pourquoi les vétérans juraient que la série « devenait vraiment bonne » à ce moment-là. Les donjons sont mieux pensés, la narration prend enfin une ampleur qu’on ne soupçonnait pas, et surtout, le système de combat se déploie complètement. Les nouvelles cartes, les formes avancées de Mega Man, la gestion du risque/récompense autour de certains builds de deck – tout s’imbrique beaucoup mieux. C’est aussi l’épisode qui offre le plus de rejouabilité, avec des boss optionnels costauds, des dossiers à peaufiner pour le online, et ce sentiment constant que le jeu veut vraiment tester votre maîtrise plutôt que juste vous faire cliquer sur « A ».
Honnêtement, si Capcom avait sorti Star Force 3 seul comme remaster, je l’aurais déjà recommandé. Le fait qu’il arrive emballé avec les deux autres, même plus bancals, transforme le tout en capsule temporelle intéressante : on voit une équipe chercher sa voie, rater, corriger, puis enfin réussir.
Visuellement, la compilation joue la carte de la fidélité pimpée. Les environnements gardent ce look isométrique très coloré typique de la DS, avec des sprites qui ont ce grain 2D expressif que Capcom savait si bien faire. Sur Switch, tout est upscalé proprement ; la compile propose un filtre qui lisse encore davantage, mais comme souvent, j’ai fini par le désactiver. Les sprites un peu « carrés » mais nets m’ont paru plus honnêtes et plus lisibles que cette espèce de pseudo-HD un peu floue.
En combat, les modèles 3D ont été nettement nettoyés. On voit encore qu’ils viennent d’une machine portable qui peinait sur la 3D, mais sur le petit écran de la Switch en portable, le résultat est largement acceptable. En docké sur un grand écran, ça reste simple mais propre, sans artefacts bizarres ni aliasing violent. Surtout, la fluidité m’a semblé constante : pas de chutes de performance perceptibles, ni en exploration ni en plein chaos de cartes et d’effets.
Côté son, les OST DS tiennent bien la route et profitent d’un rendu plus clair. La collection ajoute une sélection de pistes arrangées, accessibles depuis les menus, qui tournent très bien en fond pendant qu’on feuillette la galerie. Les thèmes de combat en particulier ont ce côté « rock électronique » qui colle parfaitement au mélange technologie/ado en crise permanente.

Enfin, il faut parler de la partie « musée ». On a droit à une galerie bien fournie : croquis de personnages, artworks promotionnels, jaquettes des différentes versions, vieux visuels marketing… Pour quelqu’un qui a connu la sortie originale à l’époque DS, ça a un vrai parfum d’archives. J’ai passé une bonne demi-heure à zoomer sur certains designs de boss et à me demander comment ces concepts avaient fini tronqués en quelques polygones sur deux écrans de 256×192.
En jouant à cette collection, je me suis souvent demandé à qui je la recommanderais en priorité. Ma conclusion tient en trois profils :
Si en revanche vous cherchez un JRPG ultra-moderne, avec mise en scène cinématographique, quêtes annexes denses et monde entièrement explorable, vous risquez de trouver ça désuet. C’est un produit profondément DS dans son ADN, même passé au polish Switch.

Pris séparément, les trois Mega Man Star Force restent une trilogie accidentée : un premier épisode sympathique mais maladroit, un deuxième plus solide mais plombé par des choix de rythme, et un troisième qui cristallise toutes les bonnes idées en un vrai bon action-RPG à base de cartes. Ce que fait Mega Man Star Force: Legacy Collection, c’est lisser suffisamment les angles – difficulté modulable, online, confort moderne, présentation soignée – pour que le chemin jusqu’à ce troisième volet devienne encore fréquentable en 2026.
Sur Switch, en portable comme en docké, la compilation tourne sans souci, la lecture de l’interface héritée de la DS est claire, et l’ajout du multijoueur en ligne donne une nouvelle vie à un système de combat qui ne demandait qu’à s’exprimer contre de vrais humains. Les bonus de galerie et les petites touches comme l’art HD ou l’arrangé musical complètent ce tableau d’édition définitive.
Si je devais résumer la dimension pratique : oui, ça vaut l’achat si vous avez la moindre affection pour Mega Man, Battle Network ou les RPG à cartes en général. Vous pouvez sans scrupule alléger les rencontres dans les deux premiers jeux, profiter de l’auto-save pour picorer la trilogie à votre rythme, puis vraiment vous investir dans Star Force 3 et ses combats – idéalement en allant chercher quelques duels online tant que les serveurs bourdonnent encore.
Pour moi, cette Legacy Collection n’est pas seulement un remaster de plus dans la longue liste Capcom : c’est la confirmation que Star Force 3, surtout, mérite sa place à côté des meilleurs spin-off de la franchise. Et si cette compile est le seul moyen de le découvrir aujourd’hui, alors elle remplit largement sa mission.
Note FinalBoss : 8/10
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