L’IA bouffe nos GPU : pourquoi je suis prêt à vivre une décennie de stagnation hardware

L’IA bouffe nos GPU : pourquoi je suis prêt à vivre une décennie de stagnation hardware

Le jour où j’ai réalisé que l’IA avait plus de priorité que mon PC de gamer

Je m’en souviens très bien. Début 2026, je regarde le prix de la RAM pour un upgrade de ma tour – un simple kit de 64 Go pour être tranquille sur mes jeux et un peu de montage vidéo. Quelques mois plus tôt, c’était largement sous la barre des 200 €. Là, je vois des tarifs qui flirtent avec les 450, 500 €. Pour de la putain de RAM. Pas une 5090 Ti édition limitée, pas un SSD de 8 To. De la mémoire vive de base.

La première fois que le hardware m’a fait ça, c’était pendant le COVID. Je traquais les stocks de GPU comme si je jouais à un battle royale IRL, onglets de comparateurs ouverts en permanence, bots de notifications, F5 frénétique sur les sites de revendeurs. Aujourd’hui, le décor a changé, mais le film est le même : sauf que cette fois, ce n’est plus « tout le monde est confiné et veut une PS5 », c’est « les data centers pour l’IA aspirent tout ce qui ressemble de près ou de loin à un GPU, une barrette de RAM ou un SSD ».

Je joue depuis la PS1, j’ai cramé des heures sur Shenmue, sur les vieux King of Fighters en arcade, puis sur des rigs PC que j’ai montés vis et tournevis en main. J’ai déjà connu les générations qui font des bonds de dingue, les shifts techniques qui te retournent le cerveau. Là, mon sentiment est différent : on se dirige vers une décennie où le hardware va stagner, où les specs vont à peine bouger, et… je ne suis pas sûr que ce soit une catastrophe pour nous, les joueurs. Par contre, sur les prix, là, oui, ça pue.

Thèse : une décennie de stagnation matérielle, et ce n’est pas forcément l’apocalypse

Je vais être cash : je pense qu’on peut très bien arriver à 2030 avec une PS5 encore dominante, des Xbox Series toujours là, des PC « gaming » mainstream qui n’ont quasiment pas bougé en puissance depuis 2020… et un porte-monnaie qui, lui, aura beaucoup souffert. La faute à quoi ? À cette orgie d’investissements dans les data centers pour faire tourner de l’IA générative à la chaîne.

Les mêmes usines qui fabriquent nos GPU, notre RAM et nos SSD sont en train de réorienter une grosse partie de leur production vers des produits pour serveurs : GPU pour IA, mémoires haute capacité, stockage pour data centers. Certains fabricants ont carrément mis en pause le consommateur pour se consacrer à l’entreprise. Un patron de la mémoire flash parlait récemment d’une « crise de dix ans » pour les composants. Ce n’est pas un petit creux conjoncturel, c’est un virage industriel.

Résultat probable : les générations de consoles sont repoussées, les refresh PC deviennent timides, les smartphones arrêtent de doubler leur RAM tous les deux ans. Le parc reste bloqué, les fiches techniques stagnent. Sauf que, d’un point de vue purement jeu vidéo, l’impact sur notre plaisir de jouer risque d’être beaucoup moins dramatique que ce que certains scénarios catastrophes racontent. Ce qui va faire vraiment mal, c’est le prix du ticket d’entrée.

De la PS5 introuvable aux Steam Deck fantômes : le retour de la pénurie

On a déjà vu la bande-annonce, pendant le COVID. PS5 introuvable pendant plus d’un an, scalpers qui vendaient les consoles au prix d’un loyer, cartes graphiques qui valaient plus qu’un PC entier d’il y a cinq ans. Sauf qu’à l’époque, on se disait : « OK, c’est le bazar, mais ça va se résorber. » Là, ce que je vois, c’est un début de normalisation… à la hausse.

Petite illustration : la Steam Deck OLED. Très bon matos, super console portable PC. Valve prévient déjà que les stocks vont être chaotiques à cause des pénuries de RAM et de SSD. Tu veux un Deck ? Bonne chance, c’est au petit bonheur la chance selon les régions. Derrière, leurs projets de nouvelles machines – type Steam Machine nouvelle génération – se retrouvent avec des points d’interrogation sur les délais et les prix.

Côté consoles de salon, les rumeurs de PS6 repoussée à 2028, voire 2029, ne sortent pas de nulle part. Sony serait en train de se préparer à une très longue vie de la PS5, avec une Pro comme soupape de sécurité au mieux. Microsoft ne va pas lancer une nouvelle Xbox tout seul dans un contexte où les composants explosent. Même Nintendo, avec sa Switch 2, joue la carte du « suffisant » : un SoC qui est loin d’être futuriste, mais qui tient la route pour du 1080p confortable.

En tant que joueur, ça me frustre clairement pour certains usages. Je rêvais de me monter un gros PC pour la simu auto avec triple écran, VR, tout le délire. Aujourd’hui, la config qui me faisait de l’œil il y a un an a pris 30 à 40 % de plus, uniquement parce que la RAM et le stockage sont devenus des produits de luxe. On n’est pas juste en train de retarder le futur ; on est en train d’augmenter les péages à chaque sortie d’autoroute.

Les data centers IA ont verrouillé la chaîne d’approvisionnement

Pour comprendre pourquoi ça ne va pas se régler en six mois, il faut regarder ce qui se passe derrière le rideau. Les géants de l’IA balancent des milliers de milliards dans des fermes de serveurs dédiées à faire tourner leurs modèles. Ces monstres ont besoin de trois choses en quantités absurdes : des GPU spécialisés, de la RAM à gogo, et du stockage rapide.

Les usines qui produisent tout ça n’ont pas des lignes magiques qui peuvent, le lundi, faire des barrettes DDR5 pour ton PC de bureau, et le mardi, des modules haut de gamme pour data center. Reconfigurer une chaîne, c’est cher, long, risqué. Du coup, les fabricants suivent tout simplement l’argent : ils basculent leur capacité là où les commandes sont monstrueuses et garanties par des contrats pluriannuels. Et ça, ce n’est pas nous avec nos 32 Go de RAM et notre SSD 1 To qui allons peser dans la balance.

  • RAM : certaines lignes de production sont entièrement dédiées à des modules serveurs à très haute capacité, au détriment de la RAM « grand public ».
  • GPU : des fabricants préfèrent sortir des puces pour IA ultra-marges plutôt que des cartes gaming milieu de gamme.
  • Stockage : les SSD rapides voient leurs prix grimper, les disques durs haut de capacité partent d’abord pour les racks serveurs.

Et même si la bulle de l’IA éclate demain matin, on n’aura pas d’un coup un torrent de matos gamer pas cher. On aura des entrepôts remplis de composants taillés pour des serveurs, pas pour ta tour ATX. La reconversion des lignes vers le consommateur prendra des années. Quand un dirigeant parle de « crise de dix ans », ça colle assez bien à ce scénario : une décennie de tension, pas seulement un mauvais trimestre.

Consoles, smartphones, télévisions : génération PS5 jusqu’en 2030 ?

Les gros constructeurs ont un petit bouclier : les contrats long terme. Sony, Microsoft, Nintendo, les géants du smartphone ont déjà sécurisé une partie de leurs composants pour les modèles en cours. C’est pour ça que les PS5 et Series ne se sont pas évaporées du jour au lendemain des rayons. Mais ces contrats ont une fin. Pour un nouveau modèle, il faut tout renégocier, et là, les prix sont ceux du nouveau monde : celui où les data centers raflent la mise.

On le voit déjà dans les stats : les ventes de consoles ont touché des plus bas historiques fin 2025, alors que le prix moyen, lui, est au plus haut. Moins de machines, plus chères. Pas parce que les joueurs détestent soudain les consoles, mais parce que les constructeurs ne peuvent pas se permettre de baisser agressivement les prix dans ce contexte. Résultat : la tentation est énorme de faire durer la génération actuelle aussi longtemps que possible.

Les smartphones, c’est pareil. Les modèles haut de gamme grimpent comme jamais, sans hausse spectaculaire de RAM ou de stockage. On te vend du marketing autour de l’IA embarquée, des caméras « pro » qui zooment sur la Lune, mais sous le capot, ça n’évolue plus au même rythme qu’entre 2010 et 2020. Côté télé, l’industrie a déjà lâché l’affaire sur le 8K : trop cher, zéro adoption. Le 4K reste la norme, et honnêtement, sur un salon normal, ça suffit très largement.

Et si on n’avait pas vraiment besoin de plus de puissance ?

Voilà le point qui fâche certains puristes, mais que je ne peux plus ignorer après des centaines d’heures de jeu sur les machines actuelles : on n’a pas, aujourd’hui, un problème de puissance brute sur les plateformes grand public. On a un problème d’optimisation parfois, un problème de temps de dev, un problème de jeux qui sortent trop tôt. Mais la base matérielle, elle, tient très bien la route.

Quand je passe de Tekken 8 à un RPG comme Baldur’s Gate 3, puis à du rétro via émulation Dreamcast ou PS2, je ne me dis pas « vivement la PS6 ». Je me dis plutôt « dommage que tel jeu rame pour rien », ou « quel gâchis d’asset pas compressé qui flingue les temps de chargement ». La dernière vraie claque hardware pour moi, ce n’est pas le 4K ou le ray tracing, c’est le passage généralisé au SSD sur console : des chargements divisés par dix, des mondes plus fluides, une qualité de vie qui change tout.

Sur PC, la fameuse enquête matérielle de Steam le répète mois après mois : la majorité des joueurs est encore en 1080p, avec des cartes très loin du haut de gamme. Et pourtant, ce sont eux qui remplissent les serveurs des jeux les plus populaires. Moins de 5 % des joueurs sont en 4K sur PC, les écrans 240 Hz restent ultra-niche. Côté TV, quasiment personne ne pleure l’abandon du 8K. Le fantasme du « plus de pixels, plus de teraflops, donc plus de fun » est en train de mourir de sa belle mort.

Donc oui, si on se retrouve avec une PS5 qui dure dix ans et un haut de gamme PC qui stagne un peu, ce n’est pas la fin du monde. Ce qui compte, ce sont les jeux, leur design, leur écriture, leur système de combat, leur capacité à nous surprendre. Shenmue m’a retourné à l’époque sur une Dreamcast qui se ferait humilier par un smartphone bas de gamme aujourd’hui. La magie n’est pas dans le benchmark.

Le vrai problème : un PC de joueur qui redevient un produit de luxe

Là où je ne suis pas du tout serein, c’est sur la fracture que cette « crise de dix ans » peut recréer entre joueurs. Le charme du PC, ces dernières années, c’est qu’avec un budget raisonnable, tu pouvais monter une machine qui tenait la route en 1080p/1440p sans te ruiner. Aujourd’hui, la même config coûte parfois 30 à 50 % plus cher, pour un gain de performance quasi nul. Juste parce que la RAM, les SSD et certains GPU sont devenus des pièces premium par ricochet de l’IA.

Quand je vois des kits de DDR5 64 Go plus chers que ce que j’ai payé ma PS2 à l’époque, j’ai envie de rire jaune. Et je ne parle même pas des GPU milieu de gamme qui flirtent sans complexe avec des prix d’anciens flagships. Les constructeurs de cartes graphiques n’ont évidemment aucun intérêt à casser les prix tant qu’ils savent que l’offre est tendue et que leurs marges datacenter renflouent les caisses. Et derrière, c’est nous qui passons à la caisse, ou qui renonçons.

Heureusement, certains acteurs jouent le jeu. Valve, par exemple, n’a pas (encore) augmenté le prix de la Steam Deck malgré la pression. Mais ça se paie ailleurs : dans les ruptures de stock et les reports de nouvelles machines. D’autres, plus petits, assument des hausses transparentes ou misent sur des designs plus modestes, avec moins de RAM, des écrans plus petits, des composants faciles à remplacer. Ça me parle beaucoup plus qu’un discours bullshit sur « l’IA partout » pendant qu’on m’explique que ma RAM coûte deux fois plus cher.

Cloud, rétro, créativité : comment on s’adapte en tant que joueurs

Le truc ironique, c’est que cette même infrastructure IA qui aspire nos composants pourrait aussi rendre le cloud gaming plus attractif. Si les data centers se multiplient, ça veut dire plus de puissance côté serveur, plus de proximité géographique, donc potentiellement moins de latence pour jouer en streaming. Je ne suis pas prêt à basculer 100 % cloud – je ne fais pas confiance à n’importe quel éditeur pour garder mes jeux à vie – mais comme complément, ça devient de plus en plus crédible.

En parallèle, on voit revenir des tendances que j’adore : l’amour du rétro, la valorisation des jeux AA et indés optimisés, le plaisir de redécouvrir des perles sur du hardware modeste. J’ai passé ces derniers mois à relancer des jeux Dreamcast, à écumer ma bibliothèque Steam sur Steam Deck, à replonger dans des titres PS4 que j’avais zappés. Et franchement, je ne me suis jamais dit « mince, si seulement j’avais une PS6 ». Au contraire, je suis presque soulagé de ne pas courir après une nouvelle boîte à 600 € tous les quatre ans.

Les petits fabricants de hardware, eux, répondent avec de la créativité : consoles rétro modernes, laptops modulaires où tu peux changer la RAM et le SSD facilement, machines pensées pour durer plutôt que pour être obsolètes en trois ans. Dans un monde où la prochaine grosse claque technique est repoussée à je-ne-sais-quand, ce genre d’approche a beaucoup plus de sens que la course infinie au nombre de pixels.

Mon plan perso : allonger la durée de vie de mon matos et arrêter de subventionner le délire

Alors voilà où j’en suis, en tant que joueur qui a grandi avec l’idée que chaque génération allait exploser la précédente : je me détache de plus en plus du fantasme de l’upgrade permanent. Ma tour de 2020 va probablement faire tout le reste de la décennie, avec peut-être un petit coup de pouce côté SSD si vraiment je trouve une bonne affaire. Ma PS5 restera branchée jusqu’à la fin de sa vie, sans que j’aie l’impression de me priver d’expériences majeures.

Ce que je vais upgrader, ce sont les périphériques : un bon écran (pas forcément 4K, mais avec un vrai bon contraste et une latence minimale), une manette qui ne drift pas au bout de six mois, un volant solide pour la simu, un casque qui ne me massacre pas les oreilles. Bref, tout ce qui a un impact direct sur mon confort et mon plaisir de jeu, pas sur un benchmark que je vais regarder deux fois.

Je n’ai aucune envie de financer, à travers des composants hors de prix, une ruée vers l’or de l’IA qui se traduit surtout par plus de spam généré automatiquement et d’assistants fadasses. Est-ce que certaines applis IA sont intéressantes ? Oui. Est-ce que ça justifie de transformer le PC gaming en hobby de luxe ? Absolument pas. Tant que le marché sera plombé par cette « crise de dix ans », ma réponse sera simple : faire durer, optimiser, acheter malin et soutenir les jeux qui prouvent qu’on peut encore émerveiller sans brûler des gigawatts de calcul.

Si l’industrie du hardware veut nous vendre l’idée que seule la prochaine génération justifie notre passion, elle va se prendre le mur. Parce que de plus en plus de joueurs, moi compris, sont prêts à dire : gardez vos specs, gardez vos slogans IA, donnez-nous des jeux qui tournent bien sur ce qu’on a déjà. Si on doit traverser une décennie de stagnation matérielle, autant qu’elle serve à quelque chose : rappeler au passage que le cœur du jeu vidéo, ce n’est pas la fiche technique, c’est ce qu’on fait avec.

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finalboss
Publié le 23/02/2026
14 min de lecture
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