En matière de processeurs, rares sont les rumeurs capables de susciter à la fois enthousiasme et circonspection. Pourtant, voilà qu’un prétendu slide Intel dévoile le « Bartlett Lake S », un CPU desktop fait uniquement de cœurs « Performance » (P-Cores), sans le moindre cœur « Efficiency » (E-Core). Le tout resterait logé dans l’écosystème LGA1700, déjà adopté par les puces de 12ᵉ à 14ᵉ génération. Avant de lancer des cris de joie ou de scepticisme, plongeons dans les détails pour comprendre ce que ce leak pourrait vraiment annoncer pour le marché gaming.
Selon les informations partagées, le Bartlett Lake S afficherait 12 cœurs P, aucun E-Core, un boost maximal attendu autour de 6 GHz, et une compatibilité avec les cartes mères LGA1700 (Z690, Z790…), sous réserve de mises à jour BIOS. Cette architecture marquerait un retour inattendu à un design 100 % orienté performance brute, à l’image des anciens monolithes Intel, mais avec les optimisations récentes de processus de gravure.
Or, plusieurs zones d’ombre persistent :
Intel n’ayant pas encore officialisé quoi que ce soit, tout cela doit donc être pris avec des pincettes. Néanmoins, si la diabolique rumeur s’avère véridique, elle pourrait rebattre les cartes dans l’arène du gaming pur, là où chaque point de fréquence compte.
La stratégie hybride P-Core + E-Core, initiée avec Alder Lake en 2021, a permis à Intel de naviguer entre performance brute et efficience énergétique. Sur les Core i9-14900K, on compte par exemple 8 P-Cores et 16 E-Cores. Pourtant, dans un usage gaming classique (1080p/1440p, titres compétitifs à haut taux de rafraîchissement), les E-Cores apportent peu, voire pas du tout de gain en FPS. En revanche, ils introduisent une complexité thermique et logicielle non négligeable.
Le supposé Bartlett Lake S ferait table rase de cette dualité, en concentrant l’intégralité du budget thermique et électrique sur 12 vrais cœurs à haute fréquence. Sur le papier, c’est un peu comme greffer douze moteurs de Formule 1 sous le capot d’une même voiture : l’accélération pure devrait être démente, pour peu que l’ingénierie thermique suive.
Les leaks évoquent un boost « à six gigahertz » sur un ou deux cœurs, avec possiblement des pointes à 5,8 GHz sur la majorité des P-Cores. Reste à savoir si ces chiffres se maintiendront sous charge prolongée et sur l’ensemble des cœurs en pleine utilisation gaming ou rendering léger. Pour comparaison, le 14900K plafonne officiellement à 5,8 GHz sur deux cœurs seulement.
En l’absence d’E-cores pour aider à répartir la chauffe, le CPU devra s’appuyer sur un package thermique robuste et une tension optimisée. Les réglages PL1 (power level 1) et PL2 (power level 2) définiront la consommation de base et le boost maximal sur une courte durée. On peut craindre un PL2 frôlant les 300 W, comme sur les derniers Core i9 en overclocking extrême. Dans ce cas, un boîtier bien ventilé et un watercooling AIO 360 mm pourraient devenir quasi-obligatoires pour éviter le thermal throttling.
L’un des gros points forts potentiels du leak, c’est la rétrocompatibilité annoncée avec les cartes mères déjà installées sur le socket LGA1700. En clair : si vous possédez une Z690 ou Z790 à jour de BIOS, vous n’auriez qu’à glisser le Bartlett Lake S dans votre configuration existante pour profiter de la nouvelle puce.
Mais Intel a parfois introduit des subtilités (VRM renforcés obligatoires, restrictions sur certaines cartes mères d’entrée de gamme, BIOS propriétaires…) qui ralentissent l’adoption. Le mieux reste d’attendre la liste officielle des modèles compatibles et, idéalement, quelques retours de testeurs pour confirmer la simplicité ou la complexité de l’upgrade.
Pour les joueurs exigents, la quête du meilleur FPS en 1080p/1440p passe par un CPU capable de délivrer une fréquence élevée en mono- et multi-thread léger. Les benchs comparatifs sur Alder Lake et Raptor Lake ont déjà montré que, dans les jeux à forte priorité mono-thread, un simple Core i5 13600K ou Ryzen 5 7600X pouvait rivaliser avec un Core i9 grâce à l’IPC et aux fréquences. Alors imaginez un CPU construit exclusivement pour cela !
Dans les jeux eSport ou AAA optimisés, les gains pourraient osciller entre 5 % et 15 % de FPS en plus par rapport au 14900K, selon l’optimisation du moteur et la charge CPU/GPU. Le jitter de fréquence faible (moins d’épisodes de thermal throttling) jouerait également en faveur d’une expérience plus fluide et plus stable.
Le Bartlett Lake S, tel qu’il apparaît dans les fuites, se positionne clairement comme une puce pour puristes du gaming :
En revanche, si votre charge de travail comprend du rendu 3D / du montage vidéo multi-cœurs, ou de la compilation logicielle lourde, vous pourriez perdre en productivité par rapport à un CPU hybride ou un Ryzen 9 / Threadripper X3D doté de beaucoup plus de cœurs et de cache.
Imaginer 12 cœurs P poussés à 5,8–6 GHz sans relâche soulève plusieurs questions :
Plusieurs éléments essentiels sont encore dans le brouillard :
Si vous êtes un gamer pure souche, à la recherche du dernier Hertz et d’une expérience sans concessions en 1080p/1440p, le Bartlett Lake S pourrait sonner comme un retour aux sources. En revanche, pour un usage mixte ou pro, un CPU hybride Intel ou AMD Ryzen X3D demeure plus polyvalent. Mon conseil : restez à l’affût des premiers échantillons presse et des tests indépendants. Si Intel tient ses promesses de fréquence et de compatibilité plug & play, ce CPU pourrait être le « clou du spectacle » de la plateforme LGA1700. Sinon, mieux vaut consolider sa config actuelle ou migrer vers AMD pour un compromis perf/consommation plus équilibré.
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