God of War remake : les mini-jeux sexuels doivent disparaître (ou changer radicalement)

God of War remake : les mini-jeux sexuels doivent disparaître (ou changer radicalement)

Je n’ai plus 15 ans, et Kratos non plus

Je me souviens très bien de ma première partie de God of War sur PS2. J’étais ado, la console était en cathodique, et quand je suis tombé sur le fameux “lit” dans le bateau avec deux femmes qui me faisaient des appels de phare, je savais très bien ce que le jeu me proposait. On appuie sur rond, la caméra se détourne, QTE, lit qui bouge, gémissements forcés, pluie d’orbes rouges. À l’époque, j’ai rigolé avec mes potes, évidemment. C’était “osé”, c’était “mature”, c’était “God of War”.

Des années plus tard, après avoir passé des dizaines d’heures sur God of War (2018) et Ragnarök, ces mêmes scènes me mettent franchement mal à l’aise. Pas parce que le sexe dans les jeux vidéo me choque (au contraire, j’en veux plus, mais bien fait), mais parce que ça n’a plus aucun sens par rapport au Kratos qu’on connaît aujourd’hui. Et si Santa Monica se lance vraiment dans un remake de la trilogie – rumeurs insistantes, bruits de couloir, et logique industrielle obligent – il y a un truc qu’ils ne peuvent pas juste copier-coller : ces putains de mini-jeux sexuels.

Je le dis sans tourner autour du pot : si on veut que le remake s’inscrive dans la continuité émotionnelle de Kratos 2018/Ragnarök, ces séquences doivent soit disparaître, soit être réécrites de fond en comble. Les garder telles quelles, c’est condamner le remake à être schizophrène.

À la base, ce n’était pas (que) de la grivoiserie gratuite

Avant de tout jeter à la poubelle, il faut être honnête : l’idée du premier mini-jeu dans God of War (2005) n’était pas complètement débile. David Jaffe l’a expliqué à l’époque : les “aventures sans lendemain” de Kratos sont censées montrer un type qui essaie désespérément de noyer le traumatisme de la mort de sa femme dans le sexe et l’oubli. Il y a même ce journal à côté des courtisanes :

“Peu importe le nombre de femmes que je trouve, elles me rappellent toutes elle. Entends mes prières, Athéna. Quand ces visions prendront-elles fin ?”

Pris isolément, sur PS2, dans le contexte de l’époque, ça se tenait. Le sexe comme anesthésiant, comme fuite en avant d’un type brisé par ce qu’il a fait, c’est un angle intéressant. Problème : le jeu ne le traite pas vraiment avec cette nuance. On retient surtout le côté “haha, on secoue le stick et on récolte des orbes rouges pendant que la caméra regarde ailleurs”. Le message tragique est planqué dans un journal que 80 % des joueurs n’ont jamais lu.

Et derrière, c’est parti en vrille. Dans God of War II puis dans God of War III, ces séquences sont réduites à des numéros comiques beauf. Pas d’orbes dans le troisième, ok, mais un trophée “Tombeur” / “Ladies Man”. On n’est plus dans le deuil, on est dans le clin d’œil potache qui dit : “Hé, c’est God of War, on est edgy.”

En tant que joueur, j’ai été complice. À l’époque, ça me faisait marrer. Aujourd’hui, ça sonne creux. Pas parce que le personnage n’a pas le droit de coucher avec qui il veut, mais parce que le jeu transforme des femmes en distributeurs d’XP, et Kratos en machine à QTE lubrique. Narrativement, ça ne raconte plus rien.

Le Kratos de 2018/Ragnarök rend ces scènes impossibles

Depuis 2018, Santa Monica a réinventé Kratos. Il est toujours violent, toujours dangereux, mais il est surtout… pudique. Brisé, fatigué, hanté par ce qu’il a fait en Grèce. Il a perdu Lysandra et Calliope, il a fui dans un autre monde, il a fondé une nouvelle famille, puis il a encore tout pris en pleine gueule avec la mort de Faye et la prophétie d’Atreus. C’est un père, un veuf, un ex-dieu de la guerre qui essaie de ne plus être le monstre qu’il était.

On le voit dans chaque silence, chaque non-dit, chaque fois qu’il refuse d’ouvrir son cœur à Atreus. Ce Kratos-là détourne le regard, soupire plutôt que d’exploser, retient ses mots, enterre ses émotions sous des “Nous n’avons pas le temps pour ça.” Il ne joue plus au mâle alpha qui doit montrer qu’il “gère” les femmes. Il n’a rien à prouver à personne, et surtout pas comme ça.

Cover art for God of War Trilogy Remake
Cover art for God of War Trilogy Remake

Si le but du remake est de servir de préquelle cohérente à ces épisodes – ce qui serait logique pour une nouvelle génération qui découvre la saga par 2018 puis remonte en arrière – alors on ne peut plus se permettre ce décalage tonal. On ne peut pas avoir, d’un côté, un Kratos torturé qui parle à la cendre de Faye en chuchotant, et de l’autre, le même type, cinq minutes plus tôt dans la chronologie, qui enchaîne les QTE au lit pour gagner un trophée “Ladies Man”.

Non, “c’est l’époque” n’est pas une excuse. Le remake, par définition, c’est l’occasion de corriger, de réinterpréter. Si Santa Monica se contente de moderniser les textures et de garder ce contenu tel quel, ils vont trahir le travail monstrueux qu’ils ont fait sur la caractérisation de Kratos en 2018 et 2022.

Le problème, ce n’est pas le sexe. C’est le sexe en QTE-trophée

Je vais le dire clairement : je ne veux pas d’un God of War aseptisé, puritain, où tout est coupé par peur de choquer. L’univers grec est rempli de sexe, de nudité, de débauche, et ça fait partie de sa texture. Le sexe peut être un outil narratif puissant, surtout dans une histoire de deuil, de culpabilité, de fuite en avant. Mais pas comme ça.

Transformer une scène d’intimité (même vide émotionnellement) en mini-jeu où tu dois réussir un combo de touches pour être “récompensé”, c’est la définition même du gamedesign infantile. C’était déjà limite en 2005, c’est franchement ridicule en 2026, sur PS5 et PC, en 4K HDR, avec un Kratos qui a gagné en profondeur.

Le jeu vidéo a mûri. On a déjà vu des scènes de sexe bien plus intelligentes ailleurs : des romances dans Mass Effect qui construisent quelque chose au fil des heures, des moments crus mais signifiants dans The Witcher 3, des ellipses chargées d’émotion dans Cyberpunk 2077. Même des jeux comme Shenmue, sans jamais rien montrer, parviennent à faire exister l’intimité et le désir par la retenue, les regards, les gestes.

À côté de ça, refaire appuyer sur rond très vite pendant que la caméra se planque derrière un vase, c’est pathétique. Ce n’est pas de la maturité, c’est du fantasme d’ado mal assumé. Et ce décalage serait encore plus violent dans un remake, parce que tout le reste – animation faciale, jeu d’acteur, mise en scène – aura gagné en subtilité.

Concrètement, quelles scènes doivent changer ?

On sait à quoi ressemble le “package” dans la trilogie originale :

  • Dans le premier God of War, le mini-jeu dans la cabine du bateau, puis la séquence avec les courtisanes dans le temple, QTE + caméra qui se détourne.
  • Dans God of War II, on reste sur la même logique : un environnement “caché”, des femmes qui invitent Kratos, même mécanique basée sur l’excitation du joueur plus que sur l’écriture.
  • Dans God of War III, la fameuse scène avec Aphrodite, où tu peux soit ignorer le lit, soit lancer un mini-jeu qui te file un trophée “Tombeur / Ladies Man” pendant que les servantes commentent ce qui se passe hors champ.

Dans un remake pensé après 2018/Ragnarök, ces trois types de séquences, telles quelles, doivent sauter. Pas forcément toute trace de sexualité, mais la logique “tu joues le sexe comme un QTE et tu es récompensé pour bien performer”. Ça, c’est mort.

Ce qu’on peut garder : le thème, pas le gimmick

Ce qu’il faut sauver, c’est l’idée d’un Kratos qui essaie de combler un vide existentiel par le sexe. Mais ça, tu peux le raconter autrement :

  • Une scène non jouable où Kratos repousse une courtisane, parce qu’elle lui rappelle trop Lysandra. Pas de QTE, juste un moment gênant, silencieux, qui montre le conflit intérieur.
  • Ou au contraire, il accepte, mais la mise en scène insiste sur son absence émotionnelle : regard vide, coupure rapide, et ensuite un plan sur lui, seul, incapable de dormir, hanté par ses visions.
  • Des notes, des dialogues, des souvenirs qui y font écho, comme ce journal du premier jeu, mais mis beaucoup plus en avant, presque inévitables pour le joueur.

On peut garder l’idée que Kratos a connu une période d’errance sexuelle, que ses “aventures” ne sont qu’un pansement sur une plaie béante. Mais on n’a pas besoin de transformateurs d’orbes rouges pour ça. Et on n’a certainement pas besoin d’un trophée qui félicite le joueur pour avoir “géré” la déesse de l’amour.

Penser comme des devs : contraintes techniques, enjeux d’image

Je vois déjà l’argument côté dev : “Couper ces scènes, c’est du boulot en plus, il faut refaire des cinématiques, réécrire des lignes, rebrancher des scripts.” Oui. Bien sûr. C’est ça, un remake sérieux. On ne peut pas d’un côté vendre “la vision définitive de la trilogie” sur PS5 et PC, et de l’autre refuser de toucher à ce qui a le plus vieilli narrativement.

Techniquement, ces mini-jeux sont pourris, de toute façon. Ce sont des QTE à l’ancienne, avec prompts géants à l’écran qui cassent la mise en scène. Tout ce que God of War 2018 a justement essayé d’éliminer : la caméra unique, immersive, sans coupure, l’intégration des actions dans le gameplay plutôt que dans des phases “Simon Says”. Refaire aujourd’hui des QTE de sexe serait un retour en arrière complet.

Et puis il y a l’image. On le veuille ou non, les remake/collections finissent massivement sur YouTube et Twitch. Imaginez la tronche des best-of quand les streameurs vont passer de scènes ultra touchantes (les cauchemars de Kratos, la mort de sa famille) à “Haha, regardez, mini-jeu de cul PS2 remis en 4K, on spamme rond et ça grogne derrière un rideau”. C’est exactement le genre de séquence qui écrase tout le reste dans la conversation publique.

Vous croyez que Santa Monica a envie que le premier gros clip viral du remake, ce soit un comparatif “sex mini-game 2005 vs 2026” ? Ce serait catastrophique pour l’image d’une série qui a enfin réussi à se débarrasser, en partie, de son aura de défouloir beauf pour être prise au sérieux comme tragédie mythologique.

“Mais c’est l’ADN de la trilogie !” – Non, c’est un tic d’écriture

Je sais très bien ce que certains fans vont répondre : “Si tu touches à ça, ce n’est plus la trilogie originale. C’est de la censure. C’était l’ADN de la licence, l’irrévérence, le côté trash.” Là, désolé, mais je vais être cash : c’est du bullshit.

L’ADN de God of War, ce n’est pas “Kratos couche avec tout ce qui bouge entre deux démembrements”. L’ADN de God of War, c’est :

  • Une mise en scène over the top, avec des boss fights épiques contre des dieux plus grands que nature.
  • Un système de combat nerveux, brutal, jouissif quand il est bien maîtrisé.
  • Une tragédie personnelle sur un homme qui a détruit ce qu’il aimait et qui ne sait plus comment vivre avec ça.

Les mini-jeux sexuels, c’est un tic d’écriture et de design d’une époque où on pensait que “maturité” = “sang + seins + gros mots”. Ce n’est pas sacré. Ce n’est pas intouchable. Et leur maintien brut dans un remake ne servirait même pas la fameuse “fidélité” : ça trahirait plutôt la trajectoire globale du personnage sur 20 ans.

Ce que j’attends, en tant que fan qui a grandi avec la série

Je suis de ceux qui ont découvert Kratos sur PS2, qui ont poncé la trilogie, qui ont platiné God of War III en rageant sur certaines épreuves, et qui ont pris une claque monumentale en 2018 en retrouvant ce même personnage, mais vieilli, cassé, plus humain que jamais. Ce virage, c’est ce qui m’a fait retomber amoureux de la licence.

Si demain je relance la saga par un remake de la trilogie, je veux sentir la continuité. Je veux voir le même Kratos, plus jeune, plus impulsif, mais que je reconnais dans ses silences, dans sa manière de refuser le contact, dans sa honte. Pas une caricature de gros bourrin qui enchaîne les conquêtes comme des collectibles.

Est-ce que ça veut dire tout réécrire ? Non. Il suffit parfois de quelques décisions fortes :

  • Supprimer la dimension “mini-jeu” et “récompense” des scènes sexuelles.
  • Réécrire les dialogues pour ramener ces moments vers le deuil et la culpabilité, plutôt que vers la blague salace.
  • Assumer la nudité et le désir, mais en les plaçant au service du personnage, pas de l’ego du joueur.

Si Santa Monica fait ça, je serai le premier à défendre ce remake face aux ayatollahs de la “fidélité à l’original” qui confondent souvenir d’ado excité et cohérence artistique.

Conclusion : le vrai courage, ce n’est pas de tout garder, c’est de choisir

On aime bien dire que God of War est une série “courageuse” parce qu’elle ose être violente, parce qu’elle montre des trucs crus, parce qu’elle ne prend pas le joueur pour un enfant. Pour moi, aujourd’hui, le vrai courage serait ailleurs : dans la capacité de Santa Monica à regarder son propre passé en face et à dire “Ok, ça, on l’a fait, ça avait un sens (ou pas) en 2005, mais en 2026, ce n’est plus notre Kratos.”

Un remake, ce n’est pas un musée figé. C’est une réinterprétation. On le voit dans les meilleurs exemples du genre : quand tu retravailles une œuvre avec le recul de 10, 15, 20 ans, tu as le droit – et même le devoir – de gommer ce qui nuit à ce que tu essaies de raconter aujourd’hui.

En tant que joueur, si je vois débarquer ces mini-jeux sexuels dans le remake, remis en forme mais pas en sens, ça me fera clairement lever un sourcil. Et ça pèsera sur mon envie de replonger à fond, de recommander cette version comme la “porte d’entrée idéale” à ceux qui ont découvert la saga avec Atreus, Brok, Sindri et le Kratos qui murmure plus qu’il ne hurle.

On a enfin un God of War qui ose montrer un héros masculin vulnérable, contradictoire, qui parle de paternité, de deuil, de seconde chance. Revenir en arrière juste pour préserver trois QTE débiles, ce serait un aveu de lâcheté artistique. Et ça, franchement, ce serait le truc le plus immature de toute l’histoire de Kratos.

f
finalboss
Publié le 22/02/2026
13 min de lecture
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