
Je vais être franc : je viens au Monsterverse pour voir Godzilla pulvériser des gratte-ciels, Kong utiliser des mâts de bateau en guise de batte de baseball, pas pour siéger à des réunions façon PowerPoint sur des créatures titanesques. Pourtant, depuis la saison 1 de Monarch: Legacy of Monsters, je me surprends à venir pour les monstres… puis à rester pour les humains.
La saison 2, lancée le 27 février sur Apple TV avec son épisode 1 « Cause and Effect », confirme une évidence folle : la narration la plus riche du Monsterverse se fait désormais à la télévision. En dix épisodes diffusés chaque semaine jusqu’au 1er mai, la série resserre son montage passé/présent, multiplie les apparitions de Titans et approfondit sa mythologie sans ressembler à un long module Wikipédia.
Avant d’entrer dans le vif du sujet, quelques mots sur Axis Mundi : il s’agit d’une dimension parallèle où Monarch captive ou étudie certains Titans, mais aussi un lieu de résonance temporelle. Cet « autre monde » sert de carrefour entre le passé, le présent et les créatures, et joue un rôle clé dans l’arc de Keiko.
La saison 1 se jouait sur deux époques (années 50 et 2015), un parti pris narratif aussi brillant que déroutant. Il fallait souvent mettre la lecture en pause pour recaler les événements selon G-Day ou Godzilla: King of the Monsters. La saison 2 corrige ce déséquilibre. Chaque saut dans le passé — notamment l’expédition de 1957 à Santo Soledad avec Keiko, Bill et Lee Shaw — s’inscrit directement dans la trame de 2017.
Dans l’épisode 2, « Resonance » (6 mars), la découverte d’un artefact culte dans une villa isolée fait immédiatement écho à un mystère posé en 2017. Ce va-et-vient n’est plus un simple effet de style, mais un levier dramatique : chaque information glanée se reflète dans les conflits modernes, et on comprend enfin comment Monarch a façonné l’équilibre fragile du Monsterverse.
Présentée comme un lieu énigmatique, Axis Mundi est plus qu’un décor : c’est un point nodal du récit. Au-delà d’emprisonner des Titans, ce « royaume du nexus » permet également aux personnages de faire face à leurs regrets. En saison 2, l’utilisation répétée d’Axis Mundi jette une lumière sur les décisions passées et offre, dans le final, un affrontement surnaturel où le temps lui-même devient un adversaire.
La rotation de protagonistes est la grande force de Monarch, mais ici le showrunner Chris Black a décidé de tout miser sur Keiko. Arrachée à Axis Mundi à la fin de la saison 1, elle se retrouve projeter en 2017, « femme hors du temps ». Cette parenthèse spatio-temporelle devient le fil rouge de la saison.

Keiko découvre un fils adulte, Hiroshi, et deux petits-enfants, Cate (Anna Sawai) et Kentaro. Leurs réactions — de la froideur prudente de Cate au silence mélancolique de Kentaro — illustrent la dette émotionnelle accumulée. En particulier, la scène où Keiko tente de renouer avec Hiroshi lors d’une communication vidéo, suivie de son face-à-face brisé à Santo Soledad, cristallise ce choc entre le scientifique obsédé et la mère déboussolée.
Sur le papier, le risque était grand : plus de Titans, moins de budget. Mais Apple TV a mis les moyens. Kong, Godzilla et un nouveau Titan — introduit dans les jungles de Santo Soledad — bénéficient de séquences VFX d’une qualité proche du grand écran.
Les scènes d’action offrent un réel sentiment d’échelle : bâtiments éventrés, vagues de destructions et cris de monstres qui résonnent. Le nouveau Titan, au design évocateur, porte un message écologiste clair : l’exploitation outrancière de la nature conduit à un retour de flamme métaphorique et bien réel. Chaque apparition déclenche non seulement une mise en place géopolitique (réactions des gouvernements, ajustements stratégiques de Monarch) mais aussi un enjeu humain, car les personnages doivent sans cesse s’adapter aux imprévus titanesques.
La saison se divise nettement en deux actes. De l’épisode 1 à 5, le rythme est effréné : voyages, révélations instantanées, combats de Titans et cliffhangers à chaque fin d’épisode. L’ambition popcorn est largement atteinte.
Puis survient la seconde moitié, plus lente, introspective. On privilégie alors la psychologie des personnages — notamment par l’usage d’Axis Mundi — et les dialogues lourds de non-dits. Quelques arcs secondaires, comme celui de l’agent May/Corah (Kiersey Clemons), prennent plus de temps à démarrer, mais finissent par payer, offrant un contraste bienvenu entre l’action brute et le drame familial.
La distribution de Monarch brille presque tous feux allumés. Mari Yamamoto (Keiko), Anders Holm (Bill) et Wyatt Russell (jeune Lee Shaw) renforcent l’alchimie de leur trio des années 50. Dans le présent, Anna Sawai excelle en Cate, passant de témoin traumatisé à moteur obstiné de la survie humaine.

La hacker Corah gagne en consistance, et le colonel Lee Shaw (Kurt Russell) impose sa présence comme une force tranquille. Seul Kentaro souffre d’un traitement inégal : présent de façon trop passive pendant plusieurs épisodes, il peine à exister avant un sursaut tardif, dans l’épisode 8, où il prend enfin parti face au Titan. Ce retard de développement rend son arc le plus décevant du lot, d’autant qu’on sentait du potentiel dès la saison 1.
Pour les nerds de la continuité, cette saison est un rêve éveillé. Monarch, initialement fondé par Keiko et Bill, découvre ses failles et son détournement par APEX Cybernetics. Les origines de technologies aperçues dans les films trouvent ici un contexte crédible.
En bonus, la série insère subtilement des clins d’œil à la série animée Skull Island et aux films récents sans sombrer dans le fan service. On y voit une volonté claire de construire un univers cohérent, où chaque support enrichit l’autre plutôt que de passer son temps à réécrire les mêmes scènes.
Apple TV a sorti le chéquier, et ça se voit. Les effets visuels ne servent pas de cache-misère : on découvre des plans larges, des chutes de structures massives, des interactions fines entre Titans et décors. La caméra suit l’action avec fluidité, offrant parfois l’impression de visionner un « feature film » directement coupé pour la télé. C’est spectaculaire, immersif et souvent épique.
La saison 2 de Monarch: Legacy of Monsters franchit un cap en maîtrisant sa structure temporelle, en plaçant Keiko au centre et en offrant des séquences de Titans spectaculaires. Seuls quelques arcs secondaires, notamment celui de Kentaro, manquent de consistance. Néanmoins, l’ensemble confirme que le Monsterverse gagne en richesse quand il prend le temps de mêler drame familial et action titanesque.
Un pari gagnant pour Apple TV, qui montre qu’une série peut rivaliser avec les blockbusters au cinéma tout en approfondissant l’âme humaine derrière les créatures géantes.
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